Littérature
Nous avons demandé à nos équipes de voter pour le livre rédigé dans leur langue qu'ils ont préféré. Voici leur sélection.
Italien
Montedidio (La montagne de Dieu)
Erri de Luca
Je vous recommande ce livre précisément parce qu’il n’a recueilli qu'un succès relatif dans les pays anglophones, et certainement au Royaume-Uni, si bien que vous pourriez facilement passer à côté. J'en ai entendu parler tout à fait par hasard, en tombant sur une interview télévisée de son auteur Erri de Luca. Dans son Italie natale, Erri de Luca est un auteur et un militant politique renommé, bien qu’il continue de travailler comme maçon et se lève tous les jours à 06h00 pour apprendre l’hébreu ancien. Il a même commencé à traduire la Bible en dialecte napolitain. Avec pour thème central les rites de passage, Montedidio raconte l’histoire d’un garçon qui grandit dans la jungle urbaine de l’après-guerre à Naples. Le livre aborde la misère des pauvres au quotidien, mais aussi l’amitié, la chaleur humaine et l'amour, ainsi que la lutte désespérée des parents qui cherchent à offrir à leurs enfants de meilleures chances dans la vie en veillant à ce qu’outre le simple dialecte napolitain ils sachent parler et écrire l'italien.
Deux objets occupent un rôle prépondérant dans le développement du garçon et sa vision du monde : un boomerang australien, cadeau de son père, et un rouleau de papier donné par un imprimeur. Le boomerang, qu’il utilise pour se muscler bien qu’il ne dispose pas d’un espace suffisant pour le lancer, devient le symbole de son passage dans le monde adulte. C’est un livre « discret », simple, porteur d’espoir et plein d’humanité, mais aussi honnête et sans prétention.
Catalan
La Febre d’Or (La fièvre de l'or) (1892)
Narcís Oller
Ce livre décrit le Barcelone de la fin du XIXème siècle, en plein règne de la spéculation immobilière. Il le dépeint, depuis les familles de nouveaux riches dévots et naïfs jusqu’aux escrocs rusés, en passant par les spéculateurs impitoyables. A l’époque, quiconque avait de l’argent tentait sa chance à la Bourse de Barcelone (Llotja) et tout le monde semblait s’enrichir avec une étonnante facilité, le tout sous le contrôle des clans bourgeois.
Anglais
Everything is Illuminated (Tout est illuminé)
Jonathan Safran Foer
Ce roman, particulièrement original et drôle, est le récit d’un jeune Juif américain nommé J.S. Foer qui se rend en Ukraine pour retrouver la femme qui a jadis sauvé son père des Nazis. Le livre réunit deux histoires en une - la première, plutôt drôle, et la seconde, moins drôle et historique, qui concerne le shtetl de Trachimbrod, théâtre d’étranges aventures magiques. Personne ne vous en voudra si la partie amusante vous passionne plus que la partie sérieuse. Le voyage est rapporté sous forme de lettres par Alex, l’interprète ukrainien de Foer. Quelque peu naïf mais très attachant, Alex adule tout ce qui est américain et plus particulièrement la langue. Rédigées à l’aide d'un dictionnaire de synonymes, ses lettres sont du génie à l’état pur et regorgent de prouesses linguistiques qui raviront tout particulièrement les traducteurs et les amateurs de synonymes. C’est un livre fantastique, à emporter dans vos bagages et dont vous pourrez même délecter vos compagnons de voyage.
Adress Unknown (Inconnu à cette adresse)
(Kathrine) Kressman Taylor
Aussi étonnant soit-il, ce livre a été écrit en 1938, avant que ne survienne toute l’horreur du régime d’Hitler et certainement bien avant que quiconque n’écrive sur le sujet. Il s’agit d’une série de lettres échangées entre 1932 et 1934 par deux amis allemands marchands d'art, au retour en Allemagne de Martin (le gentil), tandis que Max est resté à la tête de leur affaire aux Etats-Unis. Presque imperceptiblement, la nature de leur correspondance évolue, tandis que Martin s'immerge progressivement dans le IIIème Reich et se laisse gagner par la propagande antisémite. C’est l’un des livres les plus courts jamais publiés. Il ne faut qu'une heure et demie pour le lire, mais il fait froid dans le dos par son contenu dramatique et surprend par son anticipation, ainsi que par ses rebondissements. Ce livre a récemment été réédité aux Etats-Unis, en France et en Allemagne.
Néerlandais
De eetclub (Petits meurtres entre voisins), Saskia Noort
J’ai acheté ce livre à l’aéroport pour passer le temps à bord de l'avion. Dès les premières lignes j’ai été captivé et le vol s'est en fait avéré bien trop court. Finalement, l’envie de découvrir le meurtrier m’a tenu éveillé un soir jusque très tard dans la nuit. Ce livre est un vrai thriller littéraire. Le récit se déroule du point de vue de Karen, le personnage principal. Mariée et mère de deux enfants, Karen est une femme épanouie. Dans l’intérêt de leurs enfants, elle et son mari décident de quitter Amsterdam pour s’installer dans un village proche, où Karen ne connaît personne. Elle souffre d’abord de solitude, puis rencontre Hanneke, qui lui présente trois autres femmes. Elles deviennent très vite amies et, rejointes par leurs maris, font de ce cercle d'amis proches le « club des dîneurs ». Tout va pour le mieux. Si ce n’est que... Evert, l’un des membres du groupe, met de manière totalement inattendue le feu à sa magnifique maison, tandis que sa femme et ses enfants se trouvent à l’intérieur. On pense d'abord au suicide, son entreprise connaissant des difficultés. Mais qu'en est-il vraiment ? Cet événement conduit à la dissolution du club et l’amitié qui les unissait se révèle bien plus fragile qu'il n'y paraissait. Certains cherchent à tirer profit de la mort d'Evert. De plus en plus impliquée dans les événements, Karen doit alors faire un choix : sauver les apparences ou faire éclater la vérité. J'ai beaucoup aimé l’histoire, mais aussi la façon dont l’auteur manie la langue néerlandaise : comme disent les Néerlandais, c’est « strak » (tendu). L'auteur utilise un vocabulaire et un style ciselés pour vous immerger complètement dans son récit, du moins est-ce ce que j'ai ressenti. Ce roman noir, récemment traduit en français,
développe un suspense particulièrement réussi, aussi je ne veux pas trop en dire. Du même auteur, j’ai également lu Terug naar de kust (Retour vers la côte) que j’ai aussi beaucoup aimé.
Mijn vrijheid (Ma vie rebelle), Ayaan Hirsi Ali
Je vous recommande également l’autobiographie de Ayaan Hirsi Ali, intitulée Mijn vrijheid (Ma vie rebelle). Somalienne réfugiée aux Pays-Bas, Ayaan a travaillé dur pour se faire une place dans la société néerlandaise et aider les autres. Elle a étudié les sciences politiques et a finalement été élue au Parlement. Ayant moi-même été élevé dans la tradition chrétienne, j’ai été fasciné par les positions de cette femme issue de la tradition islamique concernant de nombreux problèmes actuels. Son énergie et sa motivation sont tout simplement incroyables. J’éprouve un profond respect pour elle. Cet ouvrage a été traduit en français.