Nous avons demandé à nos équipes internationales de réfléchir à ce que Noël leur évoque et représente dans leur pays. Voici une sélection de nos réponses favorites.
Suisse alémanique
Les cantons suisses germanophones fêtent Noël presque de la même manière que l'Allemagne, un peu différemment des Etats-Unis ou du Royaume-Uni (bien qu’avec la mondialisation, les choses ne soient plus aussi tranchées). La majorité des gens en connaissent toujours la signification : c’est la fête chrétienne la plus importante, la célébration de la naissance du Christ. Elle est censée apporter la joie, une joie animée par l’esprit de Noël. Mais ce sentiment est de nos jours relativement perverti par les aspects commerciaux, qui dans la plupart des cas causent plus de stress que de joie. Aujourd'hui, quand on pense à Noël, on imagine surtout des gens chargés de paquets qui courent d'un magasin à l’autre dans l’espoir de trouver toujours plus de cadeaux pour leurs proches. S’ils sont chanceux, les soldes commenceront juste à temps, avant le 24 donc.
Cependant, en Suisse comme dans le reste du monde occidental, les signes annonçant Noël apparaissent de plus en plus tôt dans le paysage (quelques mauvaises langues diront même juste après les vacances d’été). Les rayons des supermarchés se remplissent de boîtes de chocolats et de petits gâteaux qui dépeignent avec nostalgie de charmantes petites scènes enneigées où l’on voit des enfants vêtus de chapeaux et de petits manteaux rouges désuets, se lançant des boules de neiges, fabriquant des bonhommes de neige et glissant sur des toboggans. Partout, des anges jouant de leurs trompettes, ou encore le Père Noël sur son traineau tiré par des rennes. Non pas qu’il y ait des rennes en Suisse, bien sûr, et le Père Noël lui-même n'est d’ailleurs qu'une importation des Etats-Unis. Dans la tradition suisse, St. Nicolas, gros homme barbu, passe bien avant Noël, le 6 décembre précisément. Il est accompagné du Père Fouettard qui est, quant à lui, chargé de la sale besogne (donner une bonne fessée aux enfants qui n’ont pas été sages ; j’en ai moi-même fait l'expérience pour avoir écrit de la main gauche, il y a certes plusieurs décennies de cela). La panoplie de personnages et de symboles représentés de nos jours sur les cartes de Noël est quelque peu troublante, plus kitsch que culturelle, dirais-je.
Un Noël traditionnel implique un calendrier de l’Avent, une couronne de l’Avent avec ses quatre bougies et la confection d’une multitude de biscuits de Noël. On peut aujourd'hui acheter de la pâte prête à l'emploi pour de nombreux biscuits traditionnels qui étaient autrefois préparées par nos mères, tandis qu'enfants, nous nous battions pour récupérer les restes au fond du saladier. Nous léchions nos doigts et trouvions que la pâte avait encore meilleur goût que les biscuits. Bien évidemment, le moment le plus excitant est la veille de Noël. Les enfants sont priés d’aller jouer et de laisser les parents préparer le sapin. Ils le décorent de boules de Noël, parfois en verre, de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Ils y accrochent des petites figurines d’anges et différents ornements tels que des coquilles de noix (parfois recouvertes de poussière d’or), des étoiles, des flocons de neige, des cloches, ainsi que des symboles « païens » comme des fers à cheval, des feuilles de trèfle ou des ramoneurs qui portent chance, ou bien encore de petites harpes et autres instruments de musique. Certaines personnes y accrochent aussi des personnages en pain d’épice. Les guirlandes sont également très importantes. Elles auraient été inventées en Allemagne autour de l'an 1600 et étaient alors faites de véritables bandes d'argent. En définitive, toutes ces décorations ont plus ou moins conquis le monde. Elles tirent toutefois leur origine de la partie germanophone de l'Europe, même si elles sont affublées d'une étiquette Made in China. Les vraies bougies se font rares de nos jours ; elles sont souvent remplacées par des guirlandes électriques qui clignotent de différentes couleurs et rappellent les discothèques. Au sommet du sapin est habituellement placée une grande étoile dorée, et à son pied se trouve généralement la crèche de la nativité, faite de bois, d'argile ou de carton. Les cadeaux sont disposés tout autour de l’arbre. Les petits enfants croient que c’est le « Christkind » (messager, à mi-chemin entre l'enfant Jésus et un ange aux traits féminins) qui les a apportés.
La veille de Noël, les familles se retrouvent autour d’un repas léger, constitué d'une salade de cervelas par exemple, ou d'un plateau de viande séchée (salami, viande des Grisons), de cornichons, de pain et de fromage. Peu après, à l'appel de la cloche du sapin, les enfants se rassemblent autour de celui-ci. Un des parents raconte alors l’histoire de Noël. Mon père avait en sa possession un vieux livre illustré, dans lequel il avait collé la photo de Sofia Lauren sur le visage de Marie et celle de Khrouchtchev sur celui de Joseph, histoire de pimenter un peu les choses. Les bergers, les anges et les trois rois mages étaient d’autres leaders politiques mineurs de l’époque. Nous chantions alors Douce nuit, O Sanctissima et Mon beau sapin. Mais aujourd'hui on met plus volontiers un CD. Au final, le moment le plus important de la soirée est le déballage des cadeaux : chacun essaie son nouveau pull-over, son nouveau chapeau ou les chaussettes et les gants tricotés main. On s'empiffre de petits gâteaux et les enfants supplient la famille de bien vouloir essayer avec eux leur nouveau jeu de société – ou plus vraisemblablement d’être autorisé à essayer leur nouveau jeu sur Playstation. Il est maintenant 23h30, l’heure d’enfiler ses bottes et sa grosse veste pour aller assister à la messe de minuit. Il est probable que cette année encore, comme souvent depuis quelques temps, nous n'aurons pas besoin de nous frayer un chemin dans la neige encombrant la route.
Finlande
Le Gravlax
Ma grand-mère finlandaise m’a confié sa recette du gravlax. Le gravlax, saumon cru conservé dans le sel, est un des plats servis à Noël du côté finlandais de ma famille. Ce plat doit être préparé au moins 24 h à l'avance. Et assurez-vous de prendre le saumon le plus frais possible, chez un poissonnier en qui vous avez toute confiance, car même si il est salé, cela reste du poisson cru.
Pour 8 à 10 personnes
Ingrédients :
Un saumon entier, coupé dans le sens de la longueur, dont les arrêtes ont été retirés et la peau laissée telle quelle (demandez à votre poissonnier de vous le préparer)
1 tasse d’aneth
1/2 tasse de gros sel
1/2 tasse de sucre
poivre blanc moulu
Mélangez le sel et le sucre. Rincez, séchez et hachez l’aneth. Recouvrez un plat large et profond de film étirable (utilisez une bonne longueur car il vous servira ensuite pour envelopper le saumon). Rincez les filets de saumon et séchez-les en les tamponnant. Placez un des filets dans le plat, la peau tournée vers le film étirable. Saupoudrez de poivre et couvrez d’aneth haché. Saupoudrez ensuite avec le mélange de sucre et de sel. Saupoudrez le deuxième filet de poivre et placez-le sur le premier. Vous obtenez alors un “sandwich” au saumon, farci à l’aneth, au sucre et au sel. Refermez le film étirable en serrant bien. Posez une planche à découper sur le saumon et placez un poids dessus (j’utilise personnellement mon livre sur « Les joies de la cuisine »). Laissez toute une nuit au réfrigérateur (ou au moins 8 h). Au matin, l’eau contenue dans le saumon aura coulé dans le plat (faites donc bien attention à ce qu’il soit assez profond). Retirez l'eau et laissez encore reposer environ 8 heures. Lorsque tout le jus s'est écoulé, le gravlax est prêt.
Pour le servir, retirez le film étirable et grattez ce qu’il reste de sel, de sucre et d’aneth. Retirez ensuite la peau à l’aide d’un couteau bien aiguisé. Servez de fines tranches sur des toasts de pain de seigle ou avec des pommes de terre à la vapeur, des rondelles de citron et de la sauce à la moutarde et à l’aneth. Ce plat se marie aussi très bien avec de la vodka ou de l'aquavit !
Pologne
Noël est la fête la plus célébrée dans la tradition polonaise. Polonais préparent tous très soigneusement la période des fêtes, passent du temps avec leurs familles et leurs amis et leur témoignent toute leur affection.
La veille de Noël, que l’on appelle ici "Gwiazdka" (petite étoile) en souvenir de l’étoile de Bethléem, est le jour le plus important de l’année. Les familles polonaises se réunissent autour de la table, et lorsque la première étoile paraît dans le ciel, les gens échangent leurs meilleurs vœux en brisant des hosties sur lesquelles sont représentées des scènes de la nativité. Il s'agit de pardonner à ceux qui vous ont fait souffrir et de se rapprocher de sa famille et de ses amis.
La préparation du dîner commence plusieurs jours à l’avance : les Polonais achètent des tonnes de carpes (qui doivent nager une journée dans la baignoire avant d’être tuées), ils préparent du pain d'épices et des cakes aux graines de pavots, de la soupe de betteraves ou de champignons et décorent le sapin de Noël avec des guirlandes et des biscuits. La table est dressée de façon particulière. Sous une nappe blanche comme la neige, on place du foin, des pièces de monnaie et des écailles de poisson en symbole de prospérité pour la nouvelle année. Toute la famille se réunit autour d’un festin généralement composé de 13 plats. La coutume veut qu’on laisse une chaise vide pour accueillir tout visiteur inattendu.
La deuxième partie de la soirée est la plus joyeuse. Tout le monde chante Noël et échange des cadeaux. A minuit, on se rend à la « Pasterka » (la messe du berger). Les Polonais essaient de rendre ce jour aussi exceptionnel que possible, car ils pensent que faire preuve de bonté la veille de Noël les rendra bons toute l'année.
Allemagne
Douce nuit de X-mas
Brève réflexion sur la langue allemande dans la période de l’Avent.
X-mas-Shopping ou Weihnachtshopping (shopping de Noël), Shoppingtrip (trip shopping), Kurztrip (excursion express), Eventerlebnisse (l'événement live), "Live on Ice" (live sur la glace), Singing Christmas Tree-Konzert (Singing Christmas au pied de l’arbre), Shoppingparadise... On les trouve absolument partout : mots anglais et hybrides anglo-germaniques. Le langage marketing gagne du terrain, même sur les choses aussi allemandes que Weihnacht (Noël). Weihnacht est mort, on parle désormais de X-mas, et les Jingle Bells ont remplacé les Weihnachtsglöckchen.
Oui, Weihnachten devient un « Evénement ludique et divertissant ». "Der Countdown im Shoppingcenter läuft". (Le compte à rebours est lancé dans les centres commerciaux) "Aus dem Lautsprecher scherbelt ein Christmas Carol." (Le haut-parleur diffuse un chant de Noël) "In der coolen Strassenbar trinken coole Menschen coole Cüpli" (Les gens "cools" boivent de "cools" coupes de champagne dans le "cool" bar de rue) "Zwischen Bestseller-, Kochbuch- und Kalenderregalen herrscht Stop-and-go-Verkehr." (Entre les étagères de best-sellers, de livres de cuisine et de calendriers, domine une circulation en accordéon) (citations originales, tirées d'un article paru dans le Neue Zürcher Zeitung).
Manifestement, Noël devient un événement de plus en plus marketing et commercial, et on estime que l’anglais, plus que l’allemand, en est le parfait vecteur de communication. Les mots allemands sont considérés comme rustiques, ternes, démodés et ringards, donc : « Relaxen Sie sich im neuen Coffeeshop vom Stress des X-mas-Shopping oder kommen Sie zu uns in Wellness-Center » (« Quittez le stress du shopping de Noël et venez vous relaxer dans un de nos nouveaux Coffeeshop ou dans notre centre Wellness ».
D’ailleurs, certains vont jusqu’à dire que beaucoup de germanophones ne maîtrisent plus leur propre langue et cherchent ainsi refuge dans l’anglais. Beaucoup d’entre eux considèrent d’ailleurs parler un anglais "perfect" ; après tout c’est bien ce qu’on leur demande. Personne ne semble leur demander s'ils sont capables d'écrire l'allemand, ou même de le parler. Observez plutôt les statistiques : le vocabulaire allemand compte entre 300.000 et 400.000 mots, dont seulement 12 à 15.000 sont activement utilisés par la moyenne des gens. On craint que d'ici peu ce nombre chute à 2.000 mots, un minimum jamais encore atteint, suffisant pour s'en sortir dans la vie de tous les jours, mais incluant de plus en plus de termes anglais ou quasi-anglais. Selon un article paru dans le Sprachkreis Deutsch à Berne, lorsqu’on regarde certains talk shows de la télévision, on peut avoir l’impression qu’il n’existe en allemand qu’un seul mot pour exprimer l’approbation : super. Apprendre que ce mot vient du latin n'apportera qu'un bref réconfort, car l'anglais occupe le monopole des autres mots du vocabulaire des jeunes : cool, ok, happy, power, event, life-style...
Les rédacteurs marketing semblent trouver plus facile de puiser leur inspiration dans l’anglais (« C’est juste que ça sonne mieux en anglais ! »). Tout ce qui est nouveau et attrayant, qui fait parti du « lifestyle » et que vous espérez vendre doit être marketé en anglais, du nom de l’entreprise ou du produit jusqu’aux superlatifs pour le décrire. La croyance générale est que les consommateurs sont plus facilement convaincus par des mots et des phrases en anglais. L’anglais représente le désir, l’intéressant et le cool, tandis que l’allemand est sérieux et ennuyeux.
La règle qui veut qu’un terme anglais ne soit utilisé que dans le cas où le terme allemand correspondant n’existe pas a été jetée aux orties depuis bien longtemps. Mais comme le dit le vieux proverbe juif, « Je suis content, mais pas glücklich », il semble bien qu’on ait perdu quelque chose dans le passage de Weihnacht à X-mas.